Les basiques de la protection de données personnelles

Cet article a été initialement rédigé pour le blog d’ekino.

Trois femmes dans une loge de théâtre, l’une regardant avec des jumelles, Constantin Guys

À l’occasion de la journée internationale de la protection des données, mon collègue Maxime et moi avons rédigé un article orienté sur nos données personnelles, nos outils, nos habitudes et comment améliorer notre propre protection.

Nous nous sommes concentrés sur ce que seraient les premiers pas, en proposant des solutions accessibles aux profils non techniques. On n’a pas toujours des produits aussi faciles à utiliser que ceux des grands acteurs qui aspirent nos données mais, justement, on vous propose des solutions qui sont sur un autre modèle économique !
À vous de voir lesquels vous correspondent et ceux pour lesquels vous  n’êtes pas prêts.

Nous avons limité cet article (qui est finalement déjà bien long) à ce qui nous paraissait à la fois prioritaire et facile (techniquement mais aussi dans l’usage).

Pourquoi protéger ses données ? 

Vaste question ! Il faudrait plus qu’une introduction dans un article pour bien développer les raisons, donner des exemples concrets (qui hélas ne manquent pas).

Pour résumer grossièrement, nos données personnelles sont récoltées en masse pour être revendues (car oui, nos profils rapportent de l’argent à ceux qui les exploitent).

Elles permettent de tirer des conclusions sur nous : nos opinions politiques, notre statut amoureux, nos orientations sexuelles, nos amis, ce qui nous agace… Ne doutez surtout pas du fait que Facebook vous connaît (même si vous n’avez jamais créé de compte !) et que Google en sait plus sur vous que votre meilleur ami, voire que vous même.

Ces connaissances ne permettent pas seulement de vous vendre des produits ciblés (ah, la consommation de biens dont on ne savait pas qu’on en voulait !) mais aussi à vous influencer.

Les gouvernements, selon les lois locales, peuvent avoir accès à tout ou  partie de ces informations et récolter les leurs, à l’instar de la loi américaine qui permet au gouvernement d’accéder à tout ce que Facebook ou Google, par exemple, ont récolté sur une personne. Les dernières années ont prouvé que même les démocraties peuvent avoir un usage politique et excessif de ce pouvoir. Ne parlons même pas des possibilités que cela laisse aux régimes dictatoriaux et des conséquences dramatiques que  cela peut avoir.

Ajoutons à cela que le fait de se savoir surveillé change les comportements (et non, pas que les “mauvais” comportements), bride la créativité, l’expression de soi et l’innovation.

Bambou, Kishi Ganku

Beaucoup de ressources existent si vous voulez creuser le sujet. Nous vous renvoyons, par exemple vers :  

  • Cette conférence qui, en moins de treize minutes, vous convaincra mieux que notre petit paragraphe : Darknet, le grand malentendu ? par Jean-Philippe Rennard.
  • Le documentaire Nothing to hide (VOST) de Marc Meillassoux et Mihaela Gladovic, disponible gratuitement qui parle de surveillance gouvernementale et du citoyen X, qui pense que ce n’est pas très grave qu’on ait accès à ses données.
  • Le livre Surveillance:// de Tristan Nitot pour comprendre en quoi il y a des problèmes derrière les outils que nous utilisons.
  • Ou encore un site qui explique pourquoi il y a beaucoup de choses à redire quand quelqu’un avance “Je n’ai rien à cacher”. 

Alors comment commencer à protéger ses données ?

Le navigateur est votre porte d’entrée sur Internet : la sécurité de vos données personnelles dépendra des verrous activés sur celui-ci. Les navigateurs sont assez inégaux dans les protections, soit par choix politique soit parce que la configuration par défaut n’est pas suffisante. Voici une liste de navigateurs à adopter si vous souhaitez faire le premier pas dans un monde plus sûr pour vos données.

Firefox

Firefox de Mozilla est un des meilleurs navigateurs disponibles qui combine de bonnes fonctionnalités de sécurité des données, une sécurité accrue et des mises à jour régulières. Ce n’est plus le navigateur lent et lourd que l’on a connu, il est désormais rapide et léger.

Concernant la sécurité de nos données, Firefox bloque par défaut :

  • les traceurs, qui sauvegardent votre passage sur les sites web pour vous proposer une navigation personnalisée ;
  • les cookies tiers, sur lesquels s’appuie la pub personnalisée ;
  • les cryptominers, ces scripts qui utilisent les ressources de votre ordinateur pour miner des crypto monnaies à votre insu ;
  • Les fingerprinter, ces outils qui permettent d’identifier très précisément un utilisateur notamment à partir de son ordinateur et de la configuration de son navigateur (version, extension, taille de l’écran…).
Brave

Brave est un navigateur développé à partir de Chromium, la partie open source de Google Chrome (celle qui ne revend pas de données personnelles). Il a de gros avantages par rapport aux autres navigateurs basés eux aussi sur Chromium (Vivaldi par exemple)  :

  • Il bloque les traceurs et les pubs/cookies par défaut. Une exception est faite aux campagnes de pubs validées par Brave. Celles-ci ne vous ciblent pas grâce à vos données mais vous sont proposées sur les sites en rapport avec la campagne.
  • Son moteur de recherche par défaut n’est pas Google mais Qwant.
  • En navigation privée, il est possible d’utiliser le réseau Tor (voir ci-dessous) sans avoir à effectuer de configuration supplémentaire. C’est une entrée facilitée aux néophytes pour naviguer totalement anonymement sur Tor.
Tor Browser

Tor Browser est le navigateur officiel du projet Tor. Pour faire simple, Tor est un réseau permettant de naviguer anonymement : chaque requête à un site web passe par plusieurs serveurs avant d’atteindre le site cible, ce qui empêche le site web de connaître le visiteur. Ainsi, les traceurs et cookies personnalisés sont automatiquement invalidés. C’est le navigateur ultime pour protéger son identité et ses données en ligne. Cependant, son fonctionnement implique des temps de chargement plus longs et donc une navigation plus lente.

Tor browser est installé par défaut avec des extensions protectrices (HTTPS Everywhere et NoScript, voir ci-dessous dans la partie sur les extensions) et son moteur de recherche par défaut est DuckDuckGo (notre recommandation, voir plus bas).

Comment naviguer sur mon téléphone

Chacun des navigateurs présentés ci-dessus a une version mobile ayant les mêmes caractéristiques et avantages. Notez qu’utiliser un même navigateur dans ces deux contextes vous permet de synchroniser vos données utilisateurs entre vos appareils. 

Cependant, ils existent des navigateurs ayant une version mobile exclusive :

  • Firefox Focus est une version de Firefox avec des options de sécurité propres aux smartphones. En plus de bloquer les traceurs, cookies et publicités, il est possible d’activer un mode furtif qui empêchera les captures d’écran et masquera votre navigateur dès que vous changerez d’application. Il est même possible de verrouiller l’application dès lors que vous verrouillez votre téléphone ou changez d’application.
  • DuckDuckGo browser est le navigateur mobile créé par le moteur de recherche du même nom. Il partage les mêmes valeurs que Firefox pour le respect de la vie privée.

Pour améliorer tout ça, les extensions

Malgré la sécurité de votre navigateur, le Web est plein de gens malveillants. Pour éviter de se faire avoir et éviter les traceurs restants, il existe des extensions navigateurs.

  • HTTPS Everywhere 
    • Force la communication via HTTPS avec un site web dès que celle-ci est possible. Cela permet de s’assurer d’une connexion  sécurisée avec le site consulté.
  • uBlock Origin 
    • Bloque les requêtes faites vers des services tiers de tracking, de pubs, etc.
    • Se base sur des listes de domaines mises à jour par la communauté.
  • PrivacyBadger
    • Désactive les traceurs présents sur les sites.
    • L’extension ajoute un traceur à sa liste s’il le croise sur trois sites différents.

L’installation est simple mais leur utilisation peut s’avérer déroutante, elles peuvent potentiellement empêcher la navigation sur certains site mal construits qui chargent des éléments de publicité avant la structure du site lui même (particulièrement Privacy Badger et uBlock Origin). Si cela vous arrive, il suffit de les désactiver pour le site en question; vous pourrez continuer votre navigation.

Des recherches en tout anonymat

Le moteur de recherche par défaut sur un navigateur est (quasiment) toujours Google. Dans l’optique de contrôler et de refuser que vos données ne soient utilisées, il est vivement conseillé de changer de moteur de recherche pour un des suivants.

DuckDuckGo

DuckDuckGo est LE moteur de recherche pour votre vie privée. Il agit comme un intermédiaire avec Google empêchant ainsi ce dernier de récupérer vos informations.

  • Il ne stocke aucune donnée de recherche et n’utilise aucun traceur.
  • Il n’affiche aucune publicité ou résultats sponsorisés dans les résultats de recherche.
  • Les résultats de recherche sont très acceptables.

Le stockage

Les “CHATONS”

“Chatons” est un acronyme pour  le Collectif des Hébergeurs Alternatifs Ouverts Neutres et Solidaires”. Un chaton, à l’instar de Google mais avec moins de moyens, vous proposera un certain nombre de services. Un moteur de recherche est disponible sur le site pour choisir en fonction de ses besoins, du prix, du public, etc.

Un “cloud” personnel

Parmi les différentes possibilités, nous proposons de vous présenter Nextcloud. Nextcloud est un outil auto-hébergé permettant de remplacer des outils comme Google Drive en proposant une solution de stockage, de l’édition partagée de documents, un calendrier, un client mail, de la messagerie instantanée et même un chat vidéo (entre autres !)

Son premier avantage est d’être un logiciel libre, il est gratuit et open source. C’est-à-dire que son code source ainsi que celui des applications mobiles Nextcloud sont consultables par n’importe qui et tout le monde peut participer à l’amélioration du produit.

Son deuxième avantage est sa grande communauté participant au développement de l’écosystème de l’outil. Il existe des applications pour ajouter une application de carte, un lecteur de musique ainsi que pour synchroniser vos SMS avec votre instance Nextcloud. Toutes développées par des utilisateurs.

Par contre, Nextcloud va vous demander un peu plus de manipulation : soit créer un compte chez un hébergeur qui le propose (un des hébergeurs partenaires ou un “chaton”). Si vous êtes plus technique : installez votre propre instance Nextcloud sur un serveur, un ordinateur local ou un Raspberry Pi.

Liens et références

La famille du peintre, Henry Brokman

Mes mots de passe sécurisés et faciles à gérer – Pas Sage en Seine 2019

Conférence destiné à vulgariser les notions autour des mots de passe pour aider tous les profils à assurer au moins la base de la sécurité informatique.

Infos pratiques

Pas Sage En Seine
Médiathèque Aragon : 17 Rue Pierre Mendès France, 94600 Choisy-le-Roi
Salle Cinéma,
17 H – 18 H

Résumé

S’il y a bien une chose qui protège nos comptes et notre vie numérique, ce sont nos mots de passe. S’il y a bien une chose qui fuite, qui se hacke où qui se retrouve visible par tous sur un post-it… ce sont nos mots de passe !

Mais qu’est-ce qui fait qu’un mot de passe est bon ? Comment gérer facilement ses mots de passe ? Comment m’en sortir sans avoir des )k#Qhg`S\MEB!m"(h:2qT2,@ à retenir ?

En fait, gérer efficacement et sereinement ses mots de passe, c’est facile !

Cette conférence s’adresse à du grand public, le but est de vulgariser, pas d’être exhaustif. Des experts qui assisteraient à cette conférence risqueraient d’être frustrés 😉

Diaporama

Mes mots de passe sécurisés et faciles à gérer – Pas Sage en Seine 2019

Diaporama “Mes mots de passe sécurisés et faciles à gérer” (PDF – 3Mo)
NB : Une vilaine erreur s’est incrustée à la diapo 14, le mot de passe “paisiblepaisible” fait bien seize et non dix-huit caractères !

Vidéo

Interview radio autour des mots de passe

Durant les Journées du Logiciel Libre, où je donnais une conférence sur les mots de passe, j’ai été interviewée par Benoît, de Radio Pluriel.

L’émission est disponible en ligne sur le “replay” de Radio Pluriel ; cliquez sur “jeudi” puis c’est tout en bas “23H Culture numérique, présenté par Benoît Prieur“. (Mon passage est à 30:20 mais rien ne vous empêche d’écouter toute l’émission ! Ça parle des JDLL et de inventaire.io)

Notes autour de “La servitude volontaire”

Cette vision du futur, dépeinte dans le film d’animation Wall-e, me donne toujours la chair de poule car elle me paraît tellement probable quand je vois notre comportement actuel, nos valeurs, notre idée du confort.

Voici quelques notes que j’ai prise suite à la présentation de Philippe Vion-Dury lors du meetup de CozyCloud, le 01er juin 2017. On y parlait analyses prédictives et manipulations par la donnée personnelle et c’était aussi intéressant qu’inquiétant !

Philippe Vion-Dury est l’auteur de La nouvelle servitude volontaire – Enquête sur le projet politique de la Silicon Valley aux éditions fyp.

NB : Il ne s’agit ici que de notes prises à la volée. Ce n’est pas forcément bien rédigé, il n’y a pas de transition, etc. Pour une vision complète, je vous invite à regarder la Vidéo (disponible temporairement ?) ou à acheter le livre !
De plus, il y a forcément un biais : c’est ce que j’ai compris, retenu, choisi de noter ; sans compter que j’ai également noté mes réflexions personnelles de-ci de-là.

Notes

Analyses prédictives (= le thème du bouquin) pour prédire nos comportements.
La corrélation permet de tirer des conclusions. Pour ça, il faut avoir plein de données.
La personnalisation fait qu’on consulte de plus en plus un Internet qui a été filtré pour nous et non l’internet de la sérendipité voulu aux origines.

Réflexion perso : La suggestion par Spotify ne va pas me gêner car je suis peu mélomane, connaît peu de chose est ai tout à découvrir. Du coup, je vois ça comme un service. Mais si je transpose au monde des arts plastiques, par exemple, où j’ai envie de découvrir y compris ce que je n’aime pas car l’art c’est ça, ça repousse des limites, ça pose questions, alors là je mesure d’un coup comme cela peut enfermer, limiter la créativité, anéantir la nouveauté (disons “l’innovation” pour faire marketing). Là, je mesure comme cela peut être effrayant et risquer de faire vivre chacun, si on pousse un peu, dans un monde monotone et fait d’une seule vision.

Je n’avais jamais réalisé l’impact que cela pouvait avoir sur la création et la créativité et c’est effrayant.
Je serais une version tellement pauvrette de moi-même si je n’avais pas été exposée à des contenus, des styles que je ne souhaitais pas, que je ne cherchais pas. Des contenus qui m’ont gênée et forcée à me poser des questions, à ajuster – ou non – ma vision des choses.

Bulles filtrantes : on ne sait plus si ce qu’on voit c’est le réel ou ce qu’on veut être le réel.

Au cinéma, notamment à Hollywood, il y a déjà des sociétés qui viennent corriger des scénarios pour optimiser leur rentabilité via des bases de données constituées pour guider leur choix.

OkCupid (application de rencontre) indique un score de compatibilité. Ils ont testé d’inverser les score (indiquer 10 % de compatibilité quand les deux profils, selon leur algorithme avaient une compatibilité de 90 % par exemple) pour voir si les gens suivaient alors ce qui étaient indiqué ou suivaient leurs impressions personnelles. Polémique.

En fait, on est tous le sujet de pleins d’études en permanence et sans le savoir (ex. de Facebook avec des contenus plutôt positifs pour certains et plutôt négatifs pour d’autres).

Obama, pendant la campagne. Les données permettaient non seulement de savoir qui était indécis mais aussi à quels sujet il/elle était sensible pour l’aborder sur ces sujets là.
(Renforce le fait qu’une personne va voter sur une ou deux idées plutôt que sur un programme (ce qui est probablement déjà le cas pour une grande partie de la population, c’est un autre débat).)

Les assurances connectées. Ça commence aux États-Unis, via du renforcement positif. Que les personnes soient en meilleure santé sert l’objectif financier de l’assureur. Mais les malus via du renforcement négatif arrivent et on peut imaginer que ça va basculer sur des taux différenciés !

Justice prédictive, police prédictive (au début spatial, puis individuelle), services sociaux prédictifs.

(On est en plein Person of Interest !)

Il n’y a plus de choix politique.

En Chine, un accord avec un consortium d’entreprises et l’État pour donner un score de citoyenneté qui pour pourrait impacter des taux d’emprunt ou autre avantages.

On n’est plus dans des sociétés disciplinaires mais dans des sociétés plus softs où on nous incite en permanence à avoir les bons comportements où on se laisse couler sans trop s’en rendre compte et en trouvant ça plutôt agréable.

Ce sont des mécanismes de pouvoir.

Les algorithmes de personnalisation sont tellement précis que des résultats aléatoires sont intégrés parce que sinon c’est trop flippant pour l’utilisateur !

Le GDPR (General Data Protection Regulation, Règlement Général sur la Protection des Données, en français) rentre en fonction le 25 mai 2018 et s’impose à tous les pays européens et aux entreprises qui y font des affaires. Amandes jusqu’à 4 % du CA mondial.

Des entreprises comme CozyCloud jouent ce rôle à son niveau, tout comme des associations comme Framasoft.

Ethic by design, aux US, pour éviter les dark patterns

Bon voilà, ce ne sont vraiment que des notes mais elles peuvent vous donner une idée des thèmes de la vidéo, et donc du livre. Si cela vous a interpelé, vous pouvez acheter La nouvelle servitude volontaire :

J’en profite également pour vous recommander chaudement l’excellent livre Surveillance:// de Tristan Nitot. Il balaye un panorama de la situation actuelle, de ses dangers et donne des premières pistes. Sa vulgarisation en fait un livre facile à aborder et à comprendre.

Là, aussi, achetez-le :

Un pas de plus vers mon hygiène numérique – Pas Sage En Seine 2017

Atelier, 2 heures
Pas Sage En Seine, juillet 2017

Nous sommes de plus en plus intimement lié·es avec nos données numériques. Les enjeux concernant nos libertés et notre sécurité sont grandissants. Nous en sommes bien conscients et pourtant, protéger sa vie numérique n’est pas simple. On trouve de nombreux conseils d’experts, parfois pédagogiques, parfois condescendants et ce n’est pas évident de s’y retrouver. Et si la première étape était justement ce constat, que c’est normal qu’on n’arrive pas à mettre en place tous ces conseils ? Et si, forts et fortes de ce constat, on se réunissait lors d’un atelier pour, ensemble et chacun à son niveau, faire un pas de plus dans la sécurité et l’hygiène de notre vie numérique.

Dimanche 02 juillet 2017, 16 h – 18 h
Médiathèque Aragon
17 Rue Pierre Mendès France, 94600 Choisy-le-Roi
À l’accueil

Sur le site de PSES

La présentation au format PDF : Un pas de plus vers mon hygiène numérique

Internet et société : la responsabilité des professionnels

Parmi toutes les conférences que j’ai vues et aimées cette année à Paris Web, certaines m’ont particulièrement marquée par rapport à leur thématique. En effet, il me semble que plus d’une présentation nous renvoyait à notre responsabilité en tant que professionnels et utilisateurs d’Internet.

« La rencontre entre hacktivisme et sociétés civiles, un enjeu pour les libertés numériques » d’Amaëlle Guiton m’a permis de rattraper un retard que je cachais honteusement. Mais pas que ; loin de là.

Nous vivons, avec l’arrivée somme toute récente d’Internet, une nouvelle révolution après celle de l’imprimerie (je n’invente pas cette belle image mais reprends ce que j’ai entendu). Notre capacité à communiquer avec toute la planète et à transmettre est sans limite. Sans limite ? Le politique a bien compris le pouvoir que donne Internet et se pose les questions de ces limites. Mais se pose-t-il les bonnes questions ? Internet n’est pas une question politique. Internet est un support qui équipe la société et la société (civile, mondiale) ne doit pas le laisser lui échapper pour être contrôlé par un pouvoir politique, soit-il capitaliste, anarchiste, socialiste ou tout autre -iste.

Internet est un outil qui équipe la société. Il ne doit pas être récupéré par le mercantile et le politique

Oui, mais Internet, c’est compliqué. Comprendre en quoi la liberté du Net c’est important (cf. « Vers une nouvelle éthique » de Xavier Mouton-Dubosc), ce n’est pas (encore) à la portée de ma mère, mon voisin, mon boucher qui a autre chose à faire. Les enjeux de la liberté individuelle et de la vie privée vont bien plus loin que le “je n’ai rien à cacher” de ma cousine lycéenne et de mon épicier réac’.

Mais nous, professionnels du web, nous sommes bien mieux placés que les politiques pour comprendre notre média et ses possibilités. Nous nous y intéressons, connaissons sa mécanique, sommes consommateurs et acteurs. Il reste encore un rôle que nous pourrions choisir de revêtir : vulgariser et transmettre.

Si nous ne le faisons pas, c’est TF1 qui le fera.

Mais que transmettre ? À mon sens et en m’appuyant sur les conférences qui ont motivé ce billet, je dirais :

  • En quoi Internet est notre – nous, les citoyens du monde – média, fait de nos données ?
  • Comment le monde mercantile utilise et pourrait utiliser Internet (nos données) ?
  • Que souhaite-t-on qu’Internet devienne ? Projetons-nous dans 100 ans.

Dans cette révolution que nous vivons, depuis les premiers rangs pour les professionnels que nous sommes, nos actes et nos non-actes seront la cause de ce que sera Internet demain.

À nous de nous emparer d’Internet avec recul et discernement.

Car Internet est un nouvel eldorado pour notre monde capitaliste. Les possibilités que l’on entrevoit actuellement ne sont sûrement rien par rapport à ce que cela va devenir. Les perspectives que nous donne, par exemple, Avi Itzkovitch dans sa conférence « Designing with Sensors: Creating Adaptive Experiences » sont autant de nouveaux services que nos appareils pourront nous rendre – et je m’enthousiasme autant à cette idée que je me réjouis de mon utilisation actuelle de mon mobile. Mais n’est-ce pas autant de raisons de s’inquiéter de la compromission de la liberté individuelle, de la disparition de la vie privée ? Si certains s’en inquiètent, la réponse pour moi est la même que ci-dessus  : à nous d’être responsable de notre support, de vulgariser pour le “grand public”, de réfléchir et de se projeter pour être sûrs de ne pas créer un monstre.

Olivier Thereaux et Karl Dubost nous ont donné des premières pistes de réflexion avec « Esthétique et pratique du Web qui rouille » – à nous de les creuser.

Chaque utilisateur d’Internet doit être vigilant par rapport à ce qu’il met en ligne et à la manière dont il utilise ses applications. Mais c’est à nous – professionnels du web – de relayer ce message de vigilance sans dramatiser mais de vulgariser, donnant à chacun la possibilité de prendre position.

Liens

Ces quatre conférences ont motivé ce billet mais de nombreuses autres ressources vont pouvoir nous aider à cette prise de conscience et à la transmission.
Voici quelques éléments que je peux vous indiquer :

Remerciements

Merci aux orateurs que j’ai cités ci-dessus pour ce partage et merci aux auditeurs qui y ont ajouté leurs questions et leurs points de vue.
Merci à Paris-Web pour ces choix qui n’étaient pas si évidents ; merci vraiment !
Merci à Ekino qui m’a permis d’assister à ces journées de conférences.

Mes autres articles sur Paris Web 2013

Flippant

Depuis que je suis -d’une manière ou d’une autre- sur le web, je me pose toujours la question des informations que je laisse.

Une fois qu’on dépose une information sur Internet, on n’a plus du tout la main dessus. Or, j’ai beau n’avoir rien qui me distingue des autres ni rien à cacher, j’aime contrôler les informations que je donne sur moi.

Petite parenthèse à ce propos, il y avait eu un débat, lors d’un explorCamp parisien, sur le sujet “Éthique et identité numérique”. Un sujet passionnant sur lequel on aurait pu (et j’aurais bien aimé !) discuter pendant des heures !

Bref, toute cette entrée en matière pour parler de www.123people.fr dont j’ai entendu parler via Sébastien Billard. Je viens de faire une recherche dessus, sur mon nom, bien sûr, je voulais voir ce que cela donnait. Aucune réelle surprise : je savais que j’avais ces contenus là sur Internet. Ce qui me marque plus, c’est la possibilité de les avoir là, tous réunis. Les infos persos (via Facebook) et les infos pro (dans mon cas, mon site CV) sont présentes ensembles.

L’application propose aussi d’indiquer une adresse e-mail et un numéro de téléphone… Informations que je n’ai pas envie de communiquer sans un contrôle de ma part ! (je suis bien contente, d’ailleurs, que 123people n’ait pas trouvé ces renseignements, pourtant tous les deux disponibles sur Internet.

Par contre, le nuage de tag m’a fait bien rigoler :

Nuage de tag
Nuage de tag

  • “Webdesigner” en mot le plus fort, est bien la notion sur laquelle j’ai dû le plus communiqué sur Internet. Bon, “intégrateur” est un peu petit à mon goût.
  • Manifestement, je pose beaucoup de questions ! (“Que”, “Qu’est-ce”) ;
  • Etre accolée aux Pompeurs, je suis flatée (mais pourquoi ?!!)
  • Par contre, je vais avoir bien du mal à expliquer à mon petit ami légitime ce que fait ce “Jérôme” là !!!

Notons au passage, après l’inquiétude et l’amusement, que l’on peut apparement faire disparaître des informations des résultats. Chose que je n’envisage pas de faire, comme quoi, ça ne doit pas me faire si peur que ça.

Cela reste une très bonne adresse pour montrer à une personne peu sensible à la question à quel point les informations personnelles laissées sur Internet doivent être mesurées hors contexte.